Vers un centre d'accompagnement spirituel autochtone
Bien que le dernier pensionnat autochtone canadien ait fermé ses portes en 1996, la perte de culture forcée des enfants ayant séjourné sous tutelle des religieux, ainsi que les divers sévices psychologiques et physiques qu'ils ont subis, a mené à un phénomène de deuil collectif ayant toujours effet à ce jour au sein des nations autochtones. Cet essai-projet explore ainsi comment l'architecture peut raviver la mémoire collective et enclencher un processus de guérison répondant à la spiritualité propre aux Premières Nations, se rattachant à leurs croyances et rituels respectifs.
Le centre s'implante en bordure du lac Saint-Jean, dans la communauté de Mashteuiatsh, en territoire innu (ilnu). Le concept du projet se veut comme un retour à la nature et au territoire, source de guérison pour les membres des communautés autochtones. Implanté sur un site boisé, légèrement en retrait de la rue principale, l'immersion sur le territoire forestier débute avant même d'avoir atteint le premier pavillon, invitant ainsi l'usager à s'ouvrir au processus de guérison. Une fois sur le site, le parcours se veut libre, circulaire, accompagné par le paysage forestier et lacustre en bordure, ainsi que par les parcelles de plantes traditionnelles et médicinales en son centre.
D'un point de vue programmatique, l'organisation du centre spirituel s'inspire du cercle de médecine, symbole de l'équilibre spirituel et physique. Divisé en quatre quadrants notamment selon les points cardinaux, les saisons et les moments de la journée, le centre se recoupe ainsi lui aussi en quatre pavillons, ceux-ci se regroupant selon deux axes : celui du corps et celui de l'esprit. L'axe du corps, du sud au nord, regroupe le pavillon de la terre, dédié à la culture des plantes médicinales tout au long de l'année, et le pavillon de l'air, un espace saisonnier pour la pratique de l'artisanat traditionnel. L'axe spirituel, quant à lui, accueille le pavillon du feu, dédié à la pratique des rituels de sudation, ainsi que le pavillon de l'eau, permettant le contact physique, visuel et sensoriel à l'eau. Finalement, un espace central lie les pavillons entre eux et permet la pratique de rituels de purification ou de cercles de paroles.